Par Aomar MOUSSI

La double championne du monde 2026 de Kempo Amel Benaoudia orginaire de Boghni, a répondu à coeur ouvert et en exclusivité à Sport24DZ, sur sa carrière, ses performances et ses ambitions à l’avenir.

Sport24DZ : Tout d’abord, qui est Amel Benaoudia ?

Amel Benaoudia : Je suis avant tout une sportive algérienne profondément passionnée par les sports de combat et très attachée aux couleurs de mon pays. Je suis née en kabylie le 18 juin 1995 à Boghni, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Mon premier contact avec les sports de combat remonte à l’âge de quatre ans. Après une première expérience interrompue, j’ai repris la pratique à l’âge de neuf ans au sein du club Kahina Sport de Boghni.

C’est véritablement à partir de cette période que s’est construite ma passion pour les arts martiaux et la compétition. Au fil des années, j’ai eu l’occasion de pratiquer plusieurs disciplines, notamment le kick-boxing, le full contact, le light contact et la boxe chinoise, avant de m’orienter progressivement vers le kempo. En 2015, j’ai rejoint le club Kempo Idurar de Tizi Ouzou, une étape importante qui a marqué un nouveau tournant dans ma carrière sportive. Je suis aujourd’hui membre de l’équipe nationale algérienne de kempo, fédération algérienne du kempo. Mon parcours sportif ne se limite toutefois pas à la compétition. Je suis également arbitre et entraîneure dans cette discipline. J’ai obtenu mon statut d’arbitre nationale en 2019, puis ma qualification d’arbitre internationale en 2025, à Caldas da Rainha, au Portugal.

Ces responsabilités me permettent de rester pleinement engagée dans le développement et la transmission de la discipline, au-delà de mon parcours en tant qu’athlète. Parallèlement à ma carrière sportive, j’ai construit un parcours professionnel et universitaire dans le domaine de la santé. Je travaille actuellement comme manipulatrice spécialisée en imagerie médicale au service de radiologie de l’EPSP de Boghni. J’ai également obtenu une licence en psychologie, avec une spécialisation en orientation scolaire et professionnelle, à l’Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou. Je poursuis aujourd’hui mon parcours universitaire en Suisse, où je prépare ma soutenance de Master en santé publique à l’Université de Genève, au sein de la Faculté de médecine. Mon parcours est donc construit autour de trois dimensions qui, pour moi, sont profondément complémentaires : le sport, la santé et la formation. Le sport m’a appris la discipline, la rigueur, la persévérance et surtout la capacité à surmonter les difficultés. Mes études en psychologie m’ont permis de mieux comprendre l’être humain, notamment sur le plan comportemental et mental, tandis que ma formation et mon expérience professionnelle dans le domaine de la santé m’ont apporté une autre vision de la prévention, du bien-être et de la performance. J’ai toujours considéré que l’on ne devait pas nécessairement choisir entre le sport, les études et la vie professionnelle. Avec de la volonté, de l’organisation et beaucoup de travail, il est possible de construire ces différents parcours simultanément.

Aujourd’hui, je me considère donc non seulement comme une athlète qui cherche constamment à progresser et à représenter dignement l’Algérie, mais également comme une professionnelle de la santé, une universitaire et une passionnée qui souhaite continuer à apprendre, à transmettre et à contribuer, à son niveau, au développement du sport et particulièrement des sports de combat féminins.

Un aperçu historique sur votre carrière sportive ?

Mon histoire avec les sports de combat a commencé à l’âge de neuf ans. À cet âge-là, je pratiquais avant tout par passion et par curiosité. Je ne pensais pas encore que cette activité allait devenir une véritable carrière et m’accompagner pendant autant d’années. J’ai commencé au club Kahina Sport Boghni et j’ai progressivement participé à différentes compétitions. En août 2010, j’ai remporté mon premier challenge international en kick-boxing à Htatba, Tipaza. Ce premier résultat a été très important pour moi parce qu’il m’a donné confiance et m’a encouragée à aller plus loin. J’ai ensuite évolué dans plusieurs disciplines et remporté plusieurs titres au niveau de la wilaya et au niveau national. J’ai notamment été championne d’Algérie en boxe chinoise, en kick-boxing et en full contact, tout en obtenant régulièrement des titres de championne de wilaya.En 2015, j’ai pris une décision importante dans mon parcours en rejoignant le club Kempo Idurar de Tizi Ouzou. C’est à partir de cette période que j’ai progressivement orienté ma carrière vers le kempo. Entre 2018 et 2020, j’ai obtenu plusieurs podiums aux championnats nationaux de kempo, notamment en full kempo, semi kempo, submission, et en knock-down.

Ces résultats m’ont permis d’intégrer la sélection nationale algérienne en 2020. À partir de là, le niveau d’exigence a complètement changé. Représenter l’Algérie au niveau international demande énormément de travail, de préparation, de sacrifices et de régularité. J’ai participé aux Championnats du monde de kempo à Antalya en 2021, où j’ai remporté une médaille d’argent en full kempo ainsi que deux médailles de bronze en submission et en knock-down. En 2023, à Hammamet, j’ai obtenu une médaille d’argent en full kempo. En 2025, à Caldas da Rainha au Portugal, j’ai franchi une nouvelle étape avec un titre mondial en submission, une médaille d’argent en knock-down et une médaille de bronze en full kempo. Et en 2026, à Antalya, j’ai vécu l’un des moments les plus forts de ma carrière en remportant deux titres mondiaux, en semi-kempo et en knock-down, ainsi qu’une médaille d’argent en full kempo et une autre de bronze en submission. Cette performance a été particulièrement symbolique pour moi parce qu’elle représente des années de travail, de sacrifices et de persévérance.

Comment êtes-vous arrivée en Suisse ?

Mon arrivée en Suisse est principalement liée à mon parcours universitaire. Après ma formation initiale en imagerie médicale et mes études en psychologie à l’Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, j’ai souhaité élargir mes connaissances dans le domaine de la santé. J’ai donc choisi de poursuivre des études supérieures en santé international, mondiale et globale à l’Université de Genève. Cette formation m’a permis d’approfondir des domaines qui m’intéressent particulièrement, notamment la santé mondiale et internationale, la promotion de la santé, les ressources humaines, la gestion des projets ainsi que le management en santé globale. Mon arrivée en Suisse représente donc une nouvelle étape dans mon parcours, mais elle ne signifie absolument pas une rupture avec le sport ou avec l’Algérie.

Au contraire, j’ai continué à représenter mon pays dans les compétitions internationales tout en poursuivant mes études. La situation demande beaucoup d’organisation, parce qu’il faut réussir à concilier les études, les entraînements, les compétitions internationales et les obligations professionnelles. Mais je considère cette expérience comme une richesse, aussi bien sur le plan humain que professionnel et sportif. La Suisse m’a également permis de découvrir un autre environnement sportif. Lorsque mon emploi du temps me le permet, je peux m’entraîner dans des structures locales. Mon objectif reste cependant de continuer à porter les couleurs de l’Algérie lors des compétitions internationales. Lors des Championnats du monde 2026, mon parcours a d’ailleurs été salué à Genève à mon retour de Turquie.

Qu’en est-il de vos consécrations sur le double plan national et international ?

Sur le plan national, mon parcours est le résultat de nombreuses années de compétition. J’ai remporté depuis mon jeune âge plusieurs titres de championne de wilaya dans différentes disciplines. J’ai également remporté plusieurs championnats d’Algérie, notamment en boxe chinoise, en kick-boxing et en full contact. Parmi les résultats qui ont particulièrement marqué mon parcours, je peux citer ma première place au championnat national de boxe chinoise à M’Sila et Bou Saâda en 2012, ma première place au championnat national de kick-boxing à El Eulma en 2014, ainsi que mes titres nationaux en full contact, light contact et kick-boxing au cours des années suivantes.

En kempo, j’ai également obtenu plusieurs podiums et titres nationaux entre 2018 et 2022, notamment en full kempo et en knock-down. Sur le plan international, les Championnats du monde représentent évidemment les consécrations les plus importantes de ma carrière.

Mon parcours mondial comprend :

2021 – Antalya, Turquie : médaille d’argent en full kempo et deux médailles de bronze en submission et knock-down ;

2023 – Hammamet, Tunisie : médaille d’argent en full kempo ;

2025 – Caldas da Rainha, Portugal : médaille d’or en submission, médaille d’argent en knock-down et médaille de bronze en full kempo ;

2026 – Antalya, Turquie : deux médailles d’or, en semi-kempo et en knock-down ainsi qu’une médaille de bronze en submission.

Mais au-delà des médailles, ma plus grande fierté reste de pouvoir monter sur un podium avec le drapeau algérien derrière moi. C’est une émotion difficile à expliquer. Chaque médaille représente des mois de préparation, des sacrifices personnels, des moments de doute et beaucoup de travail. Je considère donc chaque titre non pas comme une finalité, mais comme une responsabilité supplémentaire pour continuer à progresser et à représenter dignement mon pays.

Pourquoi avez-vous choisi le Kempo ?

Le choix du kempo s’est fait progressivement. Après plusieurs années dans le kick-boxing, le full contact et la boxe chinoise, j’ai découvert le kempo en 2015 lorsque j’ai rejoint le club Kempo Idurar de Tizi Ouzou. Ce qui m’a attirée dans cette discipline, c’est d’abord sa richesse technique y.a le coté fithing et coté traditionnel.  

Le kempo permet de travailler différentes dimensions du combat et demande à la fois des qualités physiques, techniques, tactiques et mentales, pieds, poing, chute, étranglements, clés, projections….Mais au-delà de l’aspect sportif, j’ai également été attirée par les valeurs que véhicule cette discipline : le respect de l’adversaire, la maîtrise de soi, la discipline et la recherche permanente du perfectionnement.

Quels sont vos objectifs à court, à moyen et à long terme ?

À court terme, mon objectif principal est de continuer à maintenir mon niveau sportif et de préparer sérieusement les prochaines échéances internationales. Après les résultats obtenus en 2026, je souhaite rester concentrée, continuer à travailler mes points faibles et progresser techniquement et mentalement. Je veux également continuer à représenter l’Algérie avec le même engagement et la même détermination. À moyen terme, j’aimerais poursuivre ma carrière internationale et continuer à participer aux grands rendez-vous du kempo. Je souhaite également développer davantage mon parcours dans l’arbitrage et transmettre mon expérience aux jeunes athlètes, notamment aux jeunes filles qui souhaitent se lancer dans les sports de combat et pourquoi pas faire d’eux des champions du monde.

Je pense qu’il est très important de montrer aux jeunes femmes qu’elles peuvent pratiquer les sports de combat tout en poursuivant leurs études et leur carrière professionnelle. Il est possible de construire plusieurs projets dans une même vie, à condition d’avoir de la discipline, de l’organisation et de la persévérance. À long terme, mon ambition dépasse les résultats personnels. Je souhaite contribuer au développement du kempo en Algérie et à la promotion du sport féminin, au niveau national et international. J’aimerais également mettre à profit ma formation en santé publique pour développer des projets qui pourraient faire le lien entre sport, santé, prévention et bien-être. Je souhaite continuer à évoluer dans le milieu sportif, que ce soit comme athlète, arbitre ou, à terme, dans l’encadrement et la transmission, peut être a la tête d’une fédération national ou même dans les membre exécutif de la fédération internationale.

On vous laisse le soin de conclure ?

Enfin, mon objectif le plus important reste de laisser une trace positive derrière moi. Si mon parcours peut encourager une jeune fille à croire en elle, à pratiquer un sport, à poursuivre ses études et à ne jamais abandonner ses ambitions, alors je considérerai que j’aurai accompli quelque chose de beaucoup plus important qu’une simple victoire sportive. Pour moi, une carrière ne se résume pas au nombre de médailles. Elle se mesure aussi à ce que l’on transmet aux générations qui viennent.

Entretien réalisé par A.M.

Sport 24

Written by

Sport 24

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *